La Wallonie bientôt française ?
La question n’a plus rien d’une fiction car la Belgique est sociologiquement défunte. La concrétisation politique du schisme Flamands-Wallons n’est plus qu’une question de temps. Subjectivement, je dirais: de 3 à 7 ans.
Pour comprendre ce qui sépare Wallons et Flamands, il suffit de se demander ce qui a bien pu les pousser à s’unir en 1830 ? Et pourquoi ça ne marche plus aujourd’hui ? Et la réponse apparaît alors, limpide.
Mes lointains aïeux auraient mieux fait d’écouter doctement l’un des glorieux vôtres : Talleyrand. Car en 1830, le toujours vert septuagénaire l’avait bien dit aux futurs Belges : faite une confédération !
Et pourquoi leur a-t-il suggéré cela ? Parce qu’il connaissait parfaitement les sensibilités latines, germaniques, anglo-saxonnes, etc. et que les Flamands sont, disons, genre germano-bataves, tandis que les Wallons sont latins.
Alors pourquoi Flamands et Wallons se sont joints aux Bruxellois pour jeter les Hollandais dehors, alors que les Flamands parlent la même langue que les Hollandais ? C’eût été plus logique que seuls Bruxellois et Wallons chassent les Hollandais. Oui mais voilà, les curés catholiques, aussi, ont sonné le tocsin partout en Flandre, car les Hollandais sont protestants, eux !
De même, pourquoi la Wallonie n’a-t-elle pas demandé plutôt son rattachement à la France ? Parce que là encore, les curés wallons n’avaient pas envie de voir laïciser leurs belles écoles catholiques.
C’est donc le ciment catholique qui a poussé Wallons et Flamands à fonder ensemble un Royaume. Et l’on peut ainsi dire sans excès que la Belgique est une sorte d’ex-filiale du Vatican.
De fait, lorsque vers la fin du XIXe siècle, les libéraux tentèrent de laïciser l’enseignement belge, ce fut le tollé général. Ce qui engendra illico la naissance du parti chrétien, qui ne quittera dès lors plus jamais le pouvoir (à une législature près) jusqu’à la fin du XXe siècle. Ce qui se résume à un bon siècle de gouvernance catholique, tantôt associée aux libéraux, tantôt aux socialistes.
C’est ainsi que Talleyrand eut quand même tort pendant 130 ans. Jusqu’aux golden sixties. Epoque où le rock et la pilule remplacèrent la messe et l’hostie dans les moeurs de la baby-boom génération. Génération d’où viennent justement la plupart des politiciens actuellement aux commandes d’une Belgique devenue ingouvernable.
Quant à la fédéralisation progressive de l’état belge de ces trente dernières années, elle s’est parfaitement synchronisée avec une déchristianisation lapidaire de la Belgique. Aujourd’hui, les églises sont désertes, on fait des expos dans les basiliques, les nouvelles vocations sont rares, et même l’incontournable Parti chrétien, qui s’est divisé en deux ailes linguistiques (comme tous les partis depuis trente ans) s’est rebaptisé humaniste au lieu de chrétien, côté francophone. Enfin, anecdotique mais symboliquement signifiant, le recul de plusieurs places du Primat de Belgique dans l’ordre protocolaire du Palais Royal. Alors que Baudouin Ier, le précédent et très catholique roi des Belges décédé en 1993, abdiqua pendant deux jours pour ne pas devoir signer la loi sur l’avortement.
Et ainsi donc, le puissant ciment culturel catholique qui a longtemps uni les Belges s’étant totalement effrité, les divergences germano-latines ont naturellement repris le dessus, donnant finalement raison à Talleyrand près de 180 ans à l’avance.
En conséquence, je vous ferai ici l’économie des motifs officiels de discorde invoqués par les deux communautés, car non seulement vous les trouverez dans tous les autres médias, mais surtout, ce ne sont pas les motifs de fond. Certes, ils reposent sur des réalités peu contestables (économiques notamment), mais ce sont des motifs circonstanciels qui tombent à point nommé, en quelque sorte. Car ils permettent de justifier rationnellement le rejet d’une différence de mentalité encore plus profonde que la différence linguistique. Car il ne s’agit pas que de langue non plus. Cette différence de mentalité germano-latine s’observe aujourd’hui objectivement dans les deux législations régionales portant sur les mêmes matières, dans leur organisation administrative, dans leur sens civique, etc. Donc, des différences bien concrètes qui justifient pragmatiquement la scission des gouvernances, sans devoir chercher de mauvais prétextes, finalement.
Mais bon, comment décrire objectivement cette différence de mentalité entre germains et latins pour justifier le divorce ? Je ne m’y hasarderai pas non plus. Mais le fait est.
Alors, à ceux qui disent que ce serait un échec du fédéralisme, et qu’ainsi tout le fédéralisme européen serait ébranlé, je réponds : non. Car toute association n’est fiable que si chacune des parties trouve une plus-value dans le groupe. C’est ainsi que cinquante états américains peuvent bien plus qu’un seul. Mais dans un fédéralisme à deux, si le plus fort n’a plus envie de porter le sac du plus faible, ça ne marche plus. Et c’est le cas de la Belgique, où les Flamands sont en position de force démographique et économique, et ne veulent plus aider les Wallons.
Mais il y a un hic : Bruxelles. Les Flamands ne veulent pas perdre la capitale, qui est proportionnellement la plus riche des trois régions belges avec un PIB/hab double de la Flandre et triple de la Wallonie. Bruxelles qui, historiquement flamande, s’est francisée à 90 % et internationalisée aussi. Devenue capitale de l’UE, avec le QG de l’Otan, ses centaines d’ambassades et autant de multinationales et tous leurs ressortissants, Bruxelles est le poumon économique qui inspire et expire quotidiennement des centaines de milliers de navetteurs flamands et wallons.
Bruxelles serait donc une lourde rançon à payer pour l’indépendance de la Flandre, qui l’a d’ailleurs déjà nommée capitale de la Flandre en guise d’exorcisme préventif. Alors que peu de Bruxellois se sentent vraiment Flandriens, même parmi les Flamands de Bruxelles, tous parfaits bilingues.
Alors, quid du futur ? Depuis trois mois, les positions se radicalisent à la vitesse d’un feu de brousse. Il n’y a pas un an, 20 % des Flamands étaient sécessionnistes, ils frôlent les 45 % maintenant. Et la mécanique communautariste a déjà acquis une telle force inertielle que plus personne ne semble contrôler réellement les événements. Ni le politique ni les médias ni le palais ni les milieux d’affaires, personne... Ceci dit, le risque de guerre civile n’est pas le plus probable, même s’il faut rester vigilant. Car il n’y a pas vraiment de haine, même si les ultras brûlent toutes leurs allumettes pour tenter de bouter le feu, évidemment.
Aussi, ma vision personnelle du futur est qu’après moult péripéties finalement non décisives, on aboutisse à un divorce arbitré par l’UE afin d’éviter l’embrasement de cette région-carrefour de l’Europe qu’est Bruxelles. Ce qui devrait amener assez logiquement à une neutralisation de Bruxelles qui deviendrait alors Brussels EC, territoire purement européen, capitale de l’UE. La ville serait trilingue (fr, nl, en) et administrée par une instance exclusivement bruxelloise, sous la tutelle de l’UE, dont la vocation n’est pas de gérer une ville, même si c’est sa capitale. Brussels EC ne serait pas non plus comparable à Washington DC, car l’UE, ce n’est pas les Etats-Unis, et un contrat de tutelle spécifique est donc à inventer.
On notera que les Flamands ne s’opposent pas farouchement à cette issue, plusieurs la proposent même déjà. Non, ce sont les Wallons qui n’en veulent pas pour l’instant. Non pas que le Bruxelles international d’aujourd’hui revête encore une quelconque identité wallonne (pas plus que flamande), mais bien parce que les finances wallonnes ne sont pas au beau fixe. Et la concurrence fiscale contre une Flandre indépendante, Brussels EC, la France, le Luxembourg et l’Allemagne serait injouable dans l’état actuel de la Wallonie. Perspective qui pourrait pousser la Wallonie culturellement française, à demander un partenariat avec sa très grande soeur : la France. Et la parole serait alors à Paris.
Ceci dit, soyons honnête, au début ce ne sera pas un cadeau pour la France. Ca coûtera de l’argent. Et il faudra d’emblée éloigner du pouvoir une certaine clique de politiciens mouillés dans des scandales judiciaires répétés depuis plus de quinze ans.
Mais justement, le fait de devenir Français pourrait bien changer la mentalité wallonne dans le bon sens. Car le civisme est en partie lié à la fibre nationaliste. Et ils en manquent cruellement pour l’instant. Car comment se sentir Belge quand on ne comprend plus 60 % des Belges ?
A noter enfin que les Wallons sont près de 4 millions, bons vivants, et que leurs vallées boisées sont très jolies.
Par Tall sur AgoraVox.