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27 octobre 2006.

PPNS : the Princeton Project on National Security.

Le projet Princeton ou la politique étrangère US pour l'après Bush.


Durant plus de deux ans, près de 400 experts et personnalités de l'élite américaine au pouvoir, ou qui ont depuis les années 1960 appartenu aux gouvernements successifs, se sont concertés afin de mettre au point ce que devrait être la politique étrangère de Washington au fil du XXIème siècle.

Nous avons pu avoir connaissance en exclusivité de l'étude élaborée à Princeton et publiée le 27 septembre 2006, tirage restreint, sous le titre : Construire un monde de liberté dans la loi et un sous-titre : La sécurité nationale des Etats-Unis au XXIème siècle. Au-dessous, les deux noms des directeurs de travaux : G. John Ikenberry et Anne-Marie Slaughter, Trilatérale,tous deux membres éminents du Council on Foreign Relations, CFR, dont on sait qu'il est depuis 1945 le club qui conditionne la politique étrangère des Etats-Unis, quel que soit le président et le gouvernement en place à la Maison-Blanche. Aucun président, secrétaire au Département d'état, au Trésor, à la Défense, etc. n'a été désigné depuis les années 1940 sans qu'il n'ait été membre du CFR ou entériné par le CFR. Une centaine d'élitistes venus de différentes disciplines le composait à l'époque. Progressivement il est passé depuis les années 1960 à plus de 4.000 membres en 2006, répartis sous l'autorité d'une douzaine de présidents ou directeurs d'études dans des sections spécialisées : économie, sphères d'influence continentales ou régionales ou problèmes déactualité, notamment dans les conflits qui ne cessent de déchirer la planète.

Concernant le Projet Princeton, les présidents des travaux ont été George P. Shultz, qui en 1982 devint secrétaire d'état, et prit tout de suite pour conseiller le CFR Henry Kissinger et Anthony Lake, à l'époque membre du CFR, qui animait alors ce que nos publications appelaient un réseau intérieur. Ce réseau regroupait dans tous les ministères ou agences de l'état des fidèles de Lake, en majorité gauchistes, et dont l'action était coordonnée par lui en sorte d'influencer Jimmy Carter, notamment dans ses relations avec l'URSS, dans les relations israélo-palestiniennes, la non-prolifération nucléaire. Il est intéressant de relever que le comité qui a supervisé ces travaux et leurs conclusions se composait de dix-sept membres, dont onze appartenaient au CFR. Parmi eux, le célèbre prévisioniste Francis Fukuyama, ou encore Joseph S. Nye, de la Harvard University, et toute une équipe de la Woodrow Wilson School, dont les désirs mondialistes ne sont plus à démontrer. Un mondialisme cette fois tempéré à l'expression en anglais serait : soft à les auteurs ayant compris que la méthode choc employée par l'administration Bush a heurté nombre d'états ou de politiciens pourtant favorables à la domination américaine dans la marche à un Nouvel Ordre Mondial.

Des réformes jugées essentielles.
Selon le Manifeste Princeton, il est temps de ne plus voir le monde avec les regards du temps de la Deuxième Guerre mondiale, de la Guerre froide ou même du drame du 11 septembre 2001. L'objectif est d'abord de protéger le peuple américain et son mode de vie, donc d'assurer une économie qui maintienne sa prospérité et sa sécurité, dans un environnement international qui soit fondé sur la coopération entre les nations et la diffusion du principe de la démocratie libérale.

Dans cette optique, la stratégie américaine doit se bâtir sur six critères majeurs : 1- multidimensionnelle, semblable à un couteau suisse, pouvant déployer des moyens adaptés à toutes nécessités ;
2- intégrée, donc à la fois coercitive et attractive,
3- basée sur l'intérêt, plutôt que sur la menace,
4- fondée sur l'espoir plutôt que sur la peur,
5- sur le renforcement des capacités, de l'intégrité et la responsabilité des gouvernements dans leur volonté de participer à l'instauration d'un Ordre international,
6- enfin adaptée à une époque où l'information exige de répondre instantanément à toutes les questions d'actualité.

Il s'agit de fonder un monde de liberté dans la loi par une stratégie qui encourage mondialement des gouvernements populaires, responsables et soucieux des droits, le texte anglais appelle cela Popular, Accountable and Rights-Regarding. Acronyme P.A.R.. Le projet prévoit une sorte d'imbrication de nouveaux réseaux nationaux, régionaux et internationaux et des institutions déjà existantes, tels l'Onu, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l'Organisation mondiale du Commerce, etc.

Mais dans le même temps, le Manifeste juge essentiel de réformer des institutions mondiales comme le Conseil de Sécurité de l'Onu, lequel deviendrait un instrument capital du Nouvel Ordre, au service des Nations-Unies. Ainsi faudrait-il que ce Conseil inclue désormais parmi ses membres l'Inde, le Japon, le Brésil, et l'Allemagne, plus deux états africains. En outre, il faudrait supprimer le droit de veto pour les résolutions exigeant une réponse directe à toute crise d'un état qui s'avérerait incapable d'affronter sa situation intérieure. Les Etats-Unis devraient, avec leurs amis alliés, développer le concept d'un Concert des Démocraties, institution nouvelle chargée de renforcer la coopération entre les démocraties libérales et au-delà, pour imposer la paix dans la démocratie. L'Otan devrait se renforcer sur le plan international, et les Etats-Unis devraient promouvoir la prédominance militaire des démocraties libérales afin de préventivement empêcher leur déstabilisation.

Puis, le Manifeste en vient à la doctrine de la dissuasion : les Etats-Unis devraient annoncer à de préférence avec leurs alliés que, dans l'hypothèse d'un terrorisme nucléaire, sa source serait tenue pour responsable. Dans ce contexte, l'Amérique devrait fixer les règles de léutilisation préventive de la force, et en tout cas intervenir contre les pourvoyeurs de matériaux nucléaires aux Etats-Unis ou aux utilisateurs éventuels de ces armes. C'est là un des points faibles du Manifeste. S'il évoque l'Iran ou la violation de l'article IV du Traité de Non-Prolifération Nucléaire par la Corée du Nord, et parle d'éventuelles contre-mesures, il ne précise pas ce que pourraient être celles-ci.

La fin du texte traite de la Chine en Asie : on ne doit pas tenter de contenir sa puissance, mais au contraire l'encourager à prendre sa place dans un Ordre régional englobant la Russie, les Etats-Unis, le Japon, la Corée du Sud.

Le combat contre les maladies infectieuses est traité rationnellement. La crise énergétique est limitée à des remèdes comme une taxe qui financerait les moyens pour les Etats-Unis de se dégager progressivement de leur dépendance du pétrole.

La stratégie Kennan ne répond pas aux dangers contemporains.
Bien entendu, la majorité des participants à l'élaboration du Manifeste Princeton a tenu à célébrer la mêmoire du diplomate George Kennan, inventeur de la stratégie qui faisait face au danger d'alors : l'expansionnisme soviétique, qu'au lieu d'affronter directement, il fallait contenir. La preuve qu'il voyait juste, disent les auteurs, c'est que l'Empire soviéto- satellite s'est finalement effondré de lui-même. C'est faire bon marché des conséquences humaines : elle a sacrifié la moitié de l'Europe continentale, des Etats baltes à la Mer Noire à l'emprise policière de l'URSS. Des millions d"êtres humains ont été condamnés à vivre dans l'esclavage qu'encadrait le système des goulags, de 1944 à 1990. Pendant 46 ans, le harcèlement, les tortures, les déportations rythmaient la vie de millions d'hommes, de femmes et d'enfants, non plus seulement en Union soviétique, mais dans ses colonies.

La moitié de l'Europe, quinze ans après la chute du Mur de Berlin ne s'est pas encore remise de la manière dont on a conditionné son existence, tandis que l'Europe de l'Ouest respirait à l'abri de l'Otan, et connaissait la prospérité. Puis, comme l'a noté Vladimir Boukovsky, les populations une fois libérées, ont dû réapprendre à vivre, après avoir survécu, mais côte à côte avec leur anciens gardiens transformés en paisibles retraités, car il ne fallait pas déclencher une chasse aux sorcières.

Il est facile pour les intellectuels et les stratèges en chambre de gommer ainsi un demi-siècle de la souffrance des autres. Les auteurs du projet de politique étrangère trichent d'ailleurs avec la réalité lorsqu'ils sautent volontiers dans le XXIème siècle pour oublier le XXème, en traitant du nouveau danger : la menace du terrorisme nucléaire. D'abord, ils ne soulignent pas l'échec du Traité de Non-Prolifération Nucléaire, puisque l'un des signataires, la Corée du Nord, s'en est retiré après l'avoir signé, et que d'autres, comme l'Iran, ne l'ont pas ratifié, et que d'autres encore, comme l'Inde, le Pakistan, Israël ont en secret maîtrisé l'atome, puis avoué être devenus une puissance nucléaire.

Le Manifeste ne répond pas au défi de Pyongyang ou de Téhéran. Ils évoquent des sanctions. Lesquelles ? Un blocus ? En Iran comme en Corée du Nord, ce sont les populations qui subiront de telles mesures et non leurs dirigeants. Une action militaire condamnerait à la mort des milliers de civils, tandis que la coterie responsable attendrait, dans des luxueux bunkers, que la tempête s'apaise. En outre, il n'est pas sûr que les travaux et les tests qui conditionnent la réalisation de l'arme nucléaire ne se poursuivent pas.
G.W. Bush a dû renoncer à une action militaire contre l'Iran, et dont le plan était prêt : des raids aériens sur plus de 1.500 sites, où sont disséminées les centrifugeuses nécessaires à l'enrichissement de l'uranium, étaient prévus au seuil de l'automne 2006. Mais 80% des militaires en poste ou récemment à la retraite ont refusé ce plan, pour la première fois dans l'histoire ouvertement dressés contre la Maison-Blanche. C'est un fait ignoré des médias jusqu'à ce jour, et cela à quelques jours des élections américaines du 7 novembre 2006.

Mais déjà, en ce qui concerne l'Iran, Condoleezza Rice a admis en soupirant : Il va falloir nous habituer à vivre auprès d'un Iran nucléaire. Le texte de Princeton, daté du 27 novembre, n'a pu réagir au défi de la Corée du Nord. De toutes façons, il est évident que ni la doctrine Kennan, ni les recommandations de Princeton ne répondent au défi nucléaire, pas plus qu'à une subversion qui a su s'adapter aux faiblesses du monde atlantique et occidental.

Le texte en question propose comme mesure essentielle d'assurer la prédominance militaire des démocraties libérales, lesquelles seraient gérées en permanence grâce au renforcement de l'Otan élargi à tous les continents. Or on ne combat pas la subversion lorsqu'elle se présente comme une inondation permanente ou un tsunami inattendu. L'eau révolutionnaire se moque des obstacles. Elle les contourne et s'infiltre dans la moindre faille. Et cette faille, les experts de Princeton ne l'ont pas perçue : l'absence d'âme qui marque ce projet. Si les hommes ont soif de liberté, ils ont besoin d'un idéal commun que ne sauraient leur apporter des stratèges enfermés dans leurs dogmes, tandis que sont criantes les inégalités et les injustices de notre temps.

Un monde de liberté dans la loi, préconisent les experts de Princeton, mais ils englobent dans ce monde des pays comme la Russie qui, dans sa soudaine expansion économique, n'apporte ni la liberté ni la justice à son peuple. Ou le Brésil, marqué de la corruption et du sigle des mafias. Deux états africains seraient invités au Conseil de Sécurité de l'Onu, mais ne sont pas précisés lesquels. On frémit de penser qu'il pourrait s'agir de pays gérés par des potentats, dont les populations n'ont jamais bénéficié des millions de dollars qui ont subventionné leur pouvoir.

Impossible de souscrire à ce projet de politique étrangère pour le XXIème siècle, tant il esquive des réalités aussi criminelles qu'elles le furent du temps de George Kennan.

Pour en savoir plus, voir en page d'accueil la rubrique : Les menseonges de Bush.
D'après Amicale des anciens des Services spéciaux de la Défense nationale, ASSDN. et armees.com.










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